Interview de Jan Ullrich (T-Mobile) : "j'ai apporté une attention très spéciale au contre-la-montre de l'Alpe d'Huez."
© Vélo 101 Au soir de l'étape Kelheim-Kulmbach, à l'occasion du dernier Tour d'Allemagne, l'Allemand Jan Ullrich (T-Mobile) a accordé un entretien à Vélo 101. Avec l'aide de Tom Davies, sportmarketing manager de Giant Europe, nous avons pu obtenir un rendez-vous exclusif, chambre 111, avec l'idole de toute l'Allemagne.
Jan, comment vous sentez-vous par rapport à l'année dernière ?
"L'an dernier, je me sentais bien aussi sur le Tour d'Allemagne. J'avais terminé second du contre-la-montre, comme cette année. Quand je monte les cols, je sens
que l'entraînement a été bon. Le niveau et ma condition physique augmentent régulièrement dans la perspective du Tour de France et c'est parfait."
Que devez-vous encore travailler d'ici le départ du Tour de France ?
"Je ne sous-estime pas la première semaine parce que les étapes belges et le nord de la France seront difficiles avec les monts et surtout les pavés. La première semaine sera très stressante, donc il faudra rouler très bien tactiquement, sinon tu perds beaucoup d'énergie. Il faudra faire attention à ne pas chuter. Et puis, il y aura le contre-la-montre par équipes, où il sera bon de ne pas perdre de temps. Il me faut la compétition pour augmenter l'intensité, améliorer mon tempo. Travailler à 130/160 pulsations par minutes, c'est bien, mais quand on joue la gagne c'est au-delà qu'il faut aller puiser. En fait, je vais continuer de travailler la condition physique, me tester de temps en temps d'ici les Pyrénées, où là, je serai à mon top."
Selon vous, comment l'équipe doit être bâtie : en privilégiant la 1ère partie où il s'agit de ne pas perdre le Tour, où dans la perspective de la partie finale où il faudra le gagner ?
"C'est important d'avoir une équipe forte sur le plat mais aussi pour la montagne, qui soit là jusqu'au dernier col, c'est sûr. Chez T-Mobile, il y a onze équipiers qui sont en pleine forme et seulement neuf seront au départ à Liège, mais c'est certain qu'avec ces neuf-là, on a l'équipe la plus forte."
Tout le monde parle du contre-la-montre de l'Alpe d'Huez, mais que pensez-vous des étapes de la veille et du lendemain ?
"A partir du Vercors, ça ne va plus arrêter jusqu'au contre-la-montre de Besançon. L'étape de Villard-de-Lans sera intermédiaire et il s'agira de ne pas perdre de temps même si les cols ne sont pas marquants comme les grands que tout le monde connaît. Les descentes sont étroites, l'arrivée n'est pas large, en montée, donc attention à ne pas laisser de secondes au passage. L'étape de l'Alpe d'Huez, c'est une étape très rapide où le corps devra être prêt dès la première seconde, donc une préparation optimale sera nécessaire. Ensuite, il faudra bien récupérer, se décontracter tranquillement pour le lendemain où il faudra être là, car c'est la grande étape. En fait, dès le 20 juillet, il sera nécessaire d'être à son plus haut niveau chaque jour, c'est dans cette perspective que je me suis préparé. J'ai apporté une attention très spéciale au contre-la-montre de l'Alpe d'Huez. Nous avons fait des tests de matériel, j'ai bien analysé le parcours, repéré chaque virage, même si les barrières et les spectateurs changeront la donne. Les bons grimpeurs, des gars comme Iban Mayo, seront avantagés, c'est sûr. Cette nouveauté d'un contre-la-montre dans l'Alpe d'Huez, j'aime ça, et en plus j'ai toujours été bon dans les montées."
Pensez-vous que, comme à Pornic en 2003, le contre-la-montre de Besançon sera décisif ?
"Oui, il peut l'être car le parcours est très exigeant, très long, sans un mètre de plat. Ce n'est pas comme en 2003, à Nantes, c'est plutôt comme le contre-la-montre de Cap Découverte. Si les écarts sont peu importants après les Alpes, c'est certain que la décision se fera là."
On parle du duel Armstrong-Ullrich, quels sont pour vous les autres concurrents sérieux pour la victoire ?
"J'ai toujours dit qu'il fallait oublier ce duel Armstrong-Ullrich. Les Espagnols comme Mayo ou Sevilla et d'autres qui se découvrent toujours pour le Tour, seront là. Il y a toujours un ou deux gars qui arrivent de nulle part et qui, comme moi en 1996, finissent à une bonne place. Il faudra voir en course, et surtout dans les Alpes, qui sera encore là. Il peut y avoir aussi de jeunes Italiens ou des gars comme Patrik Sinkewitz sur qui on ne sait rien et qui gagnent."
Pensez-vous que Lance Armstrong soit sur le déclin ?
"Non, absolument pas. Je suis sûr qu'il sera l'homme à battre. Selon moi, s'il était sur le déclin, il arrêterait. Il se prépare de façon très méthodique, il veut son sixième Tour de France. Je le connais bien, et il est déjà en grande condition, prêt pour le Tour."
Vous cumulez une victoire et cinq secondes places, vous pourriez être celui qui concourre pour un sixième titre, avez-vous des regrets ?
"Non, naturellement quand j'ai fait second c'est que je n'étais pas en super condition mais je n'ai pas de regrets. En 2003, c'était un excellent retour vis-à-vis de toute l'année précédente. En 1998, j'aurais pu gagner ce Tour-là, mais j'ai perdu huit minutes à cause de mon alimentation, une fringale. Je ne suis pas un homme qui reste sur le passé. Je trouve que j'ai fait de super résultats, et je n'ai pas de regrets. Chaque année est nouvelle et je suis toujours là pour faire de mon mieux."
Et par rapport au Tour 2003 ?
"Non pas du tout. J'ai été malade sur l'Alpe d'Huez, et j'ai perdu du temps à cette occasion. Sans ça, tout est changé. 2003 était excellent pour moi, mais 2004 est une nouvelle année et je suis là pour la victoire."
Après le Tour, vous viserez les Jeux Olympiques ?
"Les Jeux sont bien placés pour moi, en droite ligne après le Tour. Je suis toujours bien en forme au mois d'août, la date tombe bien. Ca va être un plaisir d'être au village avec les autres athlètes, d'autant plus que je serai là pour défendre mon titre. Les Jeux Olympiques sont une question d'honneur. Quand on regarde 1996, la médaille d'or, c'était peu recherché par les coureurs mais déjà en 2000, c'était mieux et là, ça sera encore plus fort."
Propos recueillis le 4 juin 2004, avec l'aimable participation de Roderick De Munnick.